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Tchorski
Les sonneries et tintements

Il existe diverses manières de sonner les cloches. Ce petit article répertorie les utilisations les plus courantes. Ce n’est certainement pas une découverte dans le milieu campanaire, mais cette page est accompagnée de sons, ce qui en fait un document d’exemples facile à utiliser, cela renforce l'aspect didactique. Le but n’est pas de faire un article historique, mais uniquement de classifier les sonneries et de donner des exemples sonores.

Les principales manières de sonner les cloches sont :

1/ Le tintement
Sous catégories : tintement des heures, angélus, tocsin, glas.
2/ Le carillon
Sous catégories : carillonnement avec clavier manuel à bâton frappé (en anglais carillon), carillonnement électrique ou électronique automatisé (en anglais chime). Carillonnement manuel par cordes (Russie, nord de l'Italie, Grèce).
3/ La volée
Sous catégories : volée de messe, volée de mariage, volée d'utilisation civile (midi par exemple). Sans prendre en compte les différents types de volées dans le détail, il me parait nécessaire d'aborder la volée tournante.

 

Le tintement des heures


C’est le type de sonnerie le plus fréquent de nos jours, pour des raisons d'utilisation civile. L’église donne l’heure depuis (environ) le concordat. Auparavant, la sonnerie était exclusivement religieuse. Le temps était rythmé par les offices religieux, comme les Matines, les Laudes, etc. Dans la période troublée du concordat, l'affectation de la cloche change. C'est assez chaotique, mais en cette période commence à apparaître le tintement des heures.

Le tintement est le mécanisme le moins cher à mettre en œuvre, un système de volée étant plus cher car inévitablement plus complexe. La technique utilisée est le tintement avec un marteau. Le plus répandu de nos jours est le système électro-magnétique. Il reste encore un certain nombre de tintements par tringlerie, bien que ça commence à se faire un peu plus rare.

Assez généralement dans nos contrées, le tintement est effectué dans une fourchette horaire de 7h00 à 22h00. L’électronique a permis de formidables avancées en matière de contrôle des installations. De ce fait, les églises régulent désormais les installations. Il est possible de couper la nuit de manière automatique. A contrario, il est aussi possible de sonner toutes la nuit. Cela peut générer des des plaintes de riverains.

Auparavant, les heures étaient sonnées avec des horloges mécaniques et des tambours. Ces installations, onéreuses, étaient réservées à des établissements de taille conséquente.

Le tintement le plus répandu est un tintement par heure passée: Trois heures = trois coups, etc. Pour les systèmes marquant les demi-heures ou quarts d’heures, c'est souvent un coup par quart d’heure. Cela donne : heure quarante-cinq = trois coups. En certains lieux, l'heure est marquée à deux reprises.

L’angélus

Sonne trois fois trois coups avant le tintement horaire. Il est à noter que ce tintement horaire n'a rien à voir avec une quelconque vocation religieuse. Les horaires les plus répandus sont 7h00, 12h00 et 19h00. Cela connait des variations régionales et temporelles.

Cette sonnerie a une grande importance dans la religion catholique. Les origines de l'angélus sont liées à l'Ave Maria. Il tire sa dénomination des premiers mots Angelus Domini nuntiavit Mariæ. Cette sonnerie aurait été créée par le roi Louis XI en 1472. Cependant, des traits de littérature soulignent qu'en 1269, saint Bonaventure eut bien soin de faire tinter la cloche pour appeler ses religieux et les fidèles d'alentour à réciter les trois Ave d'après complies. La tradition primitive pourrait donc être antérieure. La sonnerie rappelle à divers horaires de la journée l'importance de cette dévotion. Cette prière est récitée 3 fois par jour, en principe à 6h00, à midi et à 18h00. Ces heures peuvent varier selon les pays ou les régions. Le plus souvent, c'est l'horaire matinal qui est décalé à 7h15, 7h30 ou 8h00.

L'angélus est assez régulièrement associé à une volée de cloches, qui s'ensuit. Dans la plupart des établissements, c'est la plus petite cloche, ou au moins l'une des petites.

Dans la quasi totalité des établissements ou l'électronique a pris le dessus, l'angélus est tinté trop rapidement. Il est pris un rythme : coup (une seconde) coup (une seconde) coup. Cela devrait être trois fois plus lent.

Le tocsin

Le tocsin est une sonnerie répétée et prolongée destinée à signaler un évènement grave comme un incendie, une émeute ou une guerre. Ce terme semble provenir de la racine du mot tumulte. Les premières utilisation du tocsin sous la forme actuelle dateraient des environs de 1570. A une époque médiévale bien loin de nous, des gens montaient la garde dans le clocher de certaines cathédrales. Ils avaient pour charge de prévenir s'ils voyaient un incendie démarrer. Le mot tocsin avec cette orthographe date de 1611. C’est une déformation de touquesain, mot qui date de 1379 (cité dans la phrase Armati diversorum armorum generibus, fieri faciendo galliee touquesain). Le mot touquesain dérive lui-même du vieux provençal tocasenh. Littéralement, cela signifie tocar (toucher) + senh (la cloche).

D’après certaines archives sonores (bibliothèque Gallica), le tocsin est sonné avec la cloche la plus aiguë, surtout la plus criarde et sonore, à un rythme d’un tintement par 0,5 seconde, durant environ une minute. Je n'ai pas trouvé de lieu pratiquant encore le tocsin officiellement, donc pas d'enregistrement. Son usage est obsolète. Le seul enregistrement possible est celui d'une simulation.

Le glas

Selon la définition du dictionnaire, le glas est une sonnerie de cloches annonçant le décès ou les funérailles d'une personne. Dans le Littré, il est indiqué : son d'une cloche qu'on tinte pour annoncer la mort ou l'agonie de quelqu'un. Dans la pratique, cela ne se fait plus du tout de sonner le glas hors d’une cérémonie d’enterrement. On relève les premières citations écrites du glas au XIIe siècle : N'out chapelle en la ville où il eüst clochier, où li glas nen sonnast por le roy essaucier, citation du glossaire de Ducange. Cependant, les premières utilisation de la cloche des morts semblent remonter au VIIIe siècle. Provient du latin, classicum, ce qui signifie « signal avec la trompette ».

La sonnerie du glas fait désormais partie des procédures automatisées des installation de contrôle de tintement et de volée. Dans la pratique, c’est une sonnerie lente par tintement de la cloche la plus grave, ou une alternance des deux plus graves. Le rythme approximatif est d’un tintement toutes les deux secondes.

Dans la tradition, il s'avère que le glas correspond aussi à une volée de cloches, notamment la plus grave, mais cela n'est quasiment plus pratiqué.

Bien des glas existent : glas pour homme, glas pour femme, glas pour enfant, glas pour personne religieuse, glas pour le Roi, etc. Les alternances de cloches sont différentes. Ceci n'est plus du tout pratiqué, bien malheureusement. A Maredsous, le bourdon est sonné seul en volée afin d'annoncer le décès d'un moine.

La volée

Il existe de nombreux systèmes de volée (lancer-franc, rétrograde, rétro-lancé, etc). Cela mérite un article à part entière (disponible en lien), ça ne sera donc pas abordé ici. On dit que les cloches sont mises en volée, cela signifie qu'elles sont propulsées en oscillation par l'intermédiaire d'un moteur et d'une chaîne. Des systèmes plus récents nommés volée linéaire sont sans chaîne. La mise en volée est réalisée par une stimulation électro-magnétique.

La volée la plus connue est celle qui précède la messe. C'est ce qu'on appelle la volée ordinaire. Il existe toutefois de nombreux motifs de messe, à savoir messe ordinaire, messe festive, etc. Les cloches utilisées varient. Au plus c'est un évènement important, au plus le nombre de cloches utilisé est élevé. Une volée fort connue est celle de noël, qu'on appelle la volée de minuit.

La volée de mariage

La même qu'une volée classique, sauf qu'un nombre plus élevé de cloches sont mises en oscillations. Le nombre est variable entre 3 et 8.

La volée coptée n’est pas une volée. On l’assimile par abus de langage parce que ça y ressemble en matière de sonorité et de langage, mais c’est en réalité un tintement. La coptée consiste à faire sonner la cloche avec des cordes, ou bien par mouvement unique du battant. Attention à la possible confusion, il ne s’agit pas d’une volée manuelle où la cloche est mise en mouvement avec des cordes, comme dans le bon vieux temps. La coptée consiste à tirer le battant pour qu’il tinte la cloche.

La définition du verbe copter (wiktionnaire) est : faire sonner une cloche en la frappant seulement d’un côté avec le battant. Il est toutefois important de contredire la définition du wiktionnaire, les coptées russes et mexicaines sont réalisées des deux côtés par balancement du battant, lorsqu'il n'y a pas de corde. Les coptées asiatiques sont réalisées d'un seul côté, en utilisant un morceau de bois assimilable à un tronc d'arbre.

La cloche de chœur

Quelquefois subsiste une cloche dans le choeur. C'est souvent une petite cloche. Utilisée parfois pour marquer les moments importants d'un office, à priori tintée au début de l'élévation.

Le carillon, les divers carillonnements

Le carillon à clavier manuel à coup de poing existe depuis 1510. Le dictionnaire Metronimo définit le carillon de la manière suivante : série de cloches disposées de manière à fournir une gamme plus ou moins étendue, se prêtant à l’exécution de mélodies complètes. Les premiers carillons selon cette définition dateraient du XIème siècle.

Le carillon a d’abord été un ensemble de cloches suspendues, tintées avec un petit marteau à main. Plus tard, lors de la création des claviers à coups de poing, il semblerait qu’un certain nombre d’usages fixent les claviers à une forme métallique, avec des bâtons longs. C’étaient en quelque sorte des tiges. Ce genre de remarque provient d’extrapolation en ayant vu quelques photos anciennes, ce n’est pas une affirmation indéniable. Peu à peu se sont installés dans les clochers les claviers en bois et en 2008, un standard mondial a été créé. Ce standard fixe l’écartement des bâtons, leur longueur, la forme du meuble d’accueil, etc.

Il existe de nombreuses formes de carillons, dont des variations de taille, de qualité, de forme de frappe sur le clavier, etc. Certains claviers sont par exemple des claviers de piano électronique et les cloches sont électro-tintées. Le carillon est une coutume bien ancrée et il n’y a pas de déclin dans les régions ou les pays. C’est une tradition en pleine forme !

Dans les carillonnements un peu particuliers, on peut citer la coptée. Ce sont des carillonnements par cordes, dont le battant est tiré. On a déjà parlé de la coptée auparavant. Signalons simplement ici que dans des cas étendus comme Rostov sur le Don, le nombre de cloches est tel que cela devient du carillonnement.

Dans le modèle le plus simple, le musicien saisit une corde pour actionner le battant d’une cloche. Cependant, ce modèle simple n’est pas forcément le plus répandu. Généralement, pour les carillons en coptée, on observe un système étonnamment complexe. Les cordes sont entrecroisées sur un seul jeu de corde et une poignée, il est possible de sonner plusieurs cloches à la fois. Les pieds du musicien sont également impliqués, ils sont placés sur des entrelas de cordes qui permettent de sonner les plus grosses cloches. Le musicien, empêtré dans un véritable nœud de cordes, devient un homme sonnant. Les systèmes du mont Athos en Grèce sont assez intéressants, les traditions russes de coptée orthodoxe le sont aussi. Plus proche de nous, les systèmes ruraux de coptée de carillonnement italiens sont intéressants et bien documentés. Voir par exemple le site battagliardicorde.it sur les méthodes du nord de l’Italie.

Bibliographie :
- Chanoine Norbert Hennique, l’usage liturgique des cloches dans le rite romain.

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