Il
s’agit d’un documentaire sur le carillon de Namur. C’est l’un des carillons les
plus sombres que j’ai pu voir jusqu’ici. De ce fait, les photographies ont été
réalisées soit en pause très longues, soit à l’aide
d’un spot. Ce n’est pas un fonctionnement traditionnel. Cela influe assez fortement
sur le résultat, qui n’est de toute évidence pas celui d’un lieu
très coloré. Cependant, le carillon de Namur vaut l’enquête,
ne serait-ce que pour son originalité. C’est effectivement un instrument
en majorité Paccard, ce qui est extrêmement répandu en France,
mais plutôt peu courant en Belgique.
Un
très grand merci à Thierry Bouillet
pour l’accueil, y compris pendant la tempête du 14 juillet 2010… Merci à
Olivier Decerf pour le trajet, Luc
De Vos pour les conseils, Marie-Hélène
Maréchal pour sa présence.
Le
carillon est situé à proximité de la cathédrale Saint-Aubain.
Il n’est pas à proprement parler dans la cathédrale, mais dans une
tour campanile située derrière le dôme. Cette tour est l’une
des parties les plus anciennes de la cathédrale. Ce carillon est séparé
en deux parties. Les grosses cloches, comprises dans des systèmes de volée,
sont dans une salle en dessous de la cabine. Les petites cloches sont situées
au dessus de la cabine. Cela pose des difficultés pour les enregistrements,
comme à la cathédrale de Liège ou comme à Wavre. L'idéal
est de disposer de deux enregistreurs.
Les
cloches sont des Paccard, Slégers, ALJ Van Aerschodt, Josephus Vanden Gheyn. -La
cloche anonyme datée de 1670, parfois mentionnée, n'a pas été
localisée. Je suis à peu près persuadé qu'elle a été
refondue, elle est en tout cas introuvable dans le carillon. Le carillon comprend
donc 49 cloches : -1 cloche est une Andreas Josephus Van Den Gheyn de 1780. -8
cloches sont des Andreas Van Aerschodt de 1840-1857. -5 cloches sont des Slégers
de 1930-1932. -35 cloches sont des Paccard. Elles datent de 1981 et 1983. La
partie de 1983 comprend trois cloches, elles sont sous réserve de confirmation
une collaboration entre Jacques Sergeys et Paccard. Deux ont été
ajoutées récemment (14 et 13 kilogrammes, probablement en 2009)
pour compléter le carillon à 49 cloches. 6 de ces cloches servent
à la volée. A noter que pour compliquer le tout, 2 cloches servent
à la volée dans la salle du haut, ce sont donc uniquement 4 cloches
de volée qui sont placées dans la salle du bas. A cela est ajouté
une cloche de timbre. Cette cloche est immobile donc, ne part pas en volée,
et est placée dans la salle du bas, au dessus de l'escalier. L'angelus
est tinté sur la Paccard-Sergeys, l'heure sur la Slégers, la volée
ordinaire s'effectue dans la salle du haut, sur une Van Aerschodt.
Les
cloches de carillon sont placées dans une armature métallique. Certaines
de ces cloches (les plus petites) sont directement accrochées sur les poutres
de charpente. Ca produit un enchevêtrement assez important et du côté
tringlerie, ce n’est pas facile à gérer, il y en a un peu de partout…
En attendant, la tour est propre, il n’y a pas de présence de pigeons.
C'est très important !
Une ritournelle
automatique est jouée tous les quarts d’heure. Elle est commandée
par une Apollo II de Clock-O-Matic. Les mélodies sont titées par
des marteaux à système électro-magnétique Clock-O-Matic.
C’est un système fort répandu.
La
véritable originalité, ce sont donc les cloches Paccard. Elles possèdent
comme épigraphie un lettrage simple de lettres romaines et un rinceau assez
petit en dimension, mais par contre très soigné. Il s'agit d'un
méli-mélo de roses. Les feuilles sont précises et les nervures
sont bien tracées. On le verra plus loin dans les photos, c'est un décor
de qualité. Seules les 3 cloches de collaboration Paccard-Sergeys ont des
décors différents, il s'agit de vasques végétales
de fruits et un entourage de feuillage. Bien que de plus grande taille, ce type
de décor est tout aussi soigné. Les anses sont sans décoration,
elles forment un angle assez brusque sur le haut et la partie sommitale est totalement
horizontale. Cela semble récurrent dans leur fabrication.
Nous
allons parcourir le carillon et découvrir chacun de ses aspects...
Bibliographie
: -Cathédrale
Saint-Aubain de Namur, histoire des cloches et du carillon. -The Guild of Carillonneurs
in North America - Index to carillons and chimes by Vanden Gheyn.
Pour
commencer la découverte, vous pouvez écouter Thierry Bouillet jouer
au carillon de Namur ci-dessous :
La
cathédrale
Quelques
heures avant le départ, j’appelais Thierry afin de lui demander si nous
maintenions la visite. En effet, je venais de recevoir un e-mail d’alerte du gouvernement
de la province du Brabant-Wallon, informant d’une forte tempête. -Dis,
tu vois quelque chose toi à Namur ? -Euh, je suis à Andenne,
mais ça va, il n’y a rien. -Bon, on maintient alors… Nous
prîmes les départ avec Olivier, car pour lui Namur était de
toute façon la route du retour. Une fois arrivé à hauteur
de Thorembais, l’orage fit son apparition. On voyait des nuages très noirs
rouler sur les champs, c’était impressionnant. C’est finalement à
l’entrée de Namur que nous sommes entrés dans le creux de la tempête.
C’était un déluge. On ne voyait plus très bien où
on allait. D’énormes rafales terrassaient les arbres, les gens courraient.
Assez impressionnés, nous stoppâmes notre course à l’entrée
de la cathédrale Saint-Aubain, où je courrai à l’intérieur
de l’église. A l’intérieur, probablement à cause du grand
espace et surtout du vaste dôme, la résonance était énorme.
Ca grondait de toute part, le son de l’orage se répercutait, cela faisait
un roulement de tambour de tous les enfers réunis. Attiré par un
bruit d’eau, je me rendis compte qu’il pleuvait dans l’église et tout particulièrement
sur un tableau. Je déplaçai tout cela dans l’obscurité à
grande hâte. Quelques instants plus tard, après avoir trouvé
le sacristain, la situation fut arrangée avec quelques moyens de fortune
dérisoires, mais qui s’avérèrent efficaces. Etant un peu
en avance, je m’assis donc et attendis l’arrivée de Thierry Bouillet. L’orage
continuait de gronder et de tonner. La seule chose dont je ne m’étais pas
rendu compte, c’est que le sacristain m’avait enfermé dans la cathédrale.
Lorsque Thierry m’appelât, ce fut pour lui répondre, pas
de soucis, mais je suis enfermé à double-tour dans l’église
! Probablement par coïncidence, un sacristain fou furieux vint
me trouver quelques instants plus tard pour me mettre dehors, sans nul doute avais-je
fait sonner l’alarme. Il faut dire que sa présence m’arrangeait bien, étant
donné que je n’avais pas prévu le sac de couchage pour passer la
nuit ! Peu de temps après, nous montions enfin dans le campanile. La situation
était incroyable. Il avait tellement venté et tellement plu que
la colère de l’orage était remontée par les abat son. Les
cloches étaient trempées. De plus, il faisait si sombre qu’il ne
fallait pas espérer prendre une photo. L'expérience fut bien vite
avortée ! De retour vers la gare, le grand hall était noir. Il
n’y avait plus de courant. Des centaines de gens attendaient, un peu désespérés.
Plus aucun train en circulation, la tempête avait été brève
mais intense, entraînant une situation désastreuse sur le réseau.
Il aura fallu trois heures pour rentrer à la maison. Ce n’est pas grave.
Bien des gens vivent des situations pires. Ce n’est qu’une question de patience.
La visite au carillon fut remise à plus tard. De retour à la maison,
j’apprenais que la tour de la collégiale de Ciney s’était effondrée. C’est
une drôle d’aventure tout de même de se retrouver enfermé dans
une cathédrale durant un orage qui met par terre d'autres églises
si belles au passage…
Le
jour de la tempête, le paysage est méconnaissable.
Dans
l'église, ça gronde, ça tonne, ça grogne. Les grondements
se répercutent loin en hauteur.
Le
lutrin.
Le
très beau dôme.
Il
y a un endroit où il pleut dans la cathédrale...
Se
faire enfermer dans une église est une drôle d'histoire. Cette photo
en est témoin, seul avec les anges...
La
tour-campanile
Le
campanile est le reste partiel de l'ancienne cathédrale. Le carillon est
au sommet.
Thierry
au clavier.
Le
clavier et sa tringlerie.
Vous
pouvez regarder Thierry Bouillet jouer au carillon ci-dessous :
La
salle haute
Le
carillon est situé sous les pans de toiture de la petite flèche.
Le
beffroi est métallique.
Les
petites cloches sont difficilement accessibles.
Sur
cette cloche Slégers de 1952, ce sont les armes d'un évèque
(présence du chapeau de sinople et de 6 x 2 glands). Vu la date et le type
d'armoirie, nous supposons qu'il s'agit du blason d'André-Marie Charue.
La partie du bas correspondrait à sa devise : Christum
oportet crescere.
Le
décor de pince, assez chers aux Causard ainsi qu'à Georges Slégers.