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Tchorski
Le carillon de Louvain-La-Neuve (1/2)


Le carillon se trouve dans le clocheton.

Il s'agit d'un petit reportage sur le carillon de Louvain-La-Neuve.
Merci au maître des clés, Pierre Allard, pour la visite sur place. Merci aussi à Isabelle Decoster pour avoir arrangé la réalisation de ce reportage.

C'est un carillon qui est actuellement inconnu dans la littérature. C'est un peu étonnant car il ne manque pas de charme et d'originalité. Il se situe au dessus de la faculté de théologie. Il ne possède pas de carillonneur titulaire, pas de clavier définitif, mais joue par contre des ritournelles automatiques.

Le carillon est composé de 47 cloches. 13 cloches sont des Omer Michaux de 1921. Les autres cloches sont des Eijsbouts. A propos des Michaux, elles sont de réemploi, étant donné que la faculté de théologie a été construite aux alentours de 1980.

M. José Lepage a réussi a trouver quelle est l'origine du carillon, dans un ancien article du Soir (9 mai 1996) :

En 1988, (...), le comte et la comtesse du Monceau avaient offert à l'UCL 14 cloches qui avaient servi dans les anciens magasins du Bon Marché à Bruxelles et au Pavillon du Saint-Siège à l'Exposition Universelle de 1958. Elles avaient d'abord trouvé place dans la nouvelle galerie du Douaire mais, un rien trop sonores, elles avaient vite été remisées dans un magasin du service des travaux... A ce carillon installé au Collège Descamps (Faculté de théologie), les donateurs avaient ajouté 9 cloches qui permettaient ainsi de constituer deux octaves. Récemment, une souscription a permis d'installer encore douze cloches, formant une nouvelle octave. Et à plus long terme, l'instrument serait étendu à quatre octaves et doté d'un clavier mécanique, ce qui permettrait de donner des concerts en direct et peut-être d'ouvrir une école wallonne de carillon.

José Lepage précise : M. le comte Yves du Monceau (PSC à l'époque) a été bourgmestre de Ottignies durant de longues années et c'est lui qui a proposé à l'UCL de venir s'installer sur sa commune. Par son épouse, Mme Vaxelaire, il était un des gros actionnaires de la grande distribution en Belgique (Bon Marché, Sarma, Innovation, GB, Unic, Nopri etc etc).

Les Eijsbouts ne possèdent aucune épigraphie de fonte. Elles ne possèdent même pas de filets. C’est rare. C’est en tout cas la première fois que je voyais ça. Ca en fait des cloches nues. On pourrait supposer que c’est dans le but d’effectuer des cloches de premier prix, mais vu l'extrême qualité des Eijsbouts, il s'agit probablement de faire des cloches "de carillon" au son pur - les épigraphies sont de légères perturbations. Elles ont un bon accordage, un son limpide et cristallin. Il n’y a même pas de nom de fondeur. La connaissance que c’est Eijsbouts provient de l’ACW.

L’installation est réalisée sur les 4 côtés du grenier-clocher. Les cloches sont disposées le long des abat-son. Elles sont parfaitement propres. L’installation a été complétée un peu plus récemment par 14 nouvelles cloches Eijsbouts, je ne possède actuellement pas la date de pose.

Plus précisément sur quelques Eijsbouts : elles possèdent une mini-épigraphie postérieure à la fonte. Des lettrines ont été apposées sur la faussure. C’est un peu le système des tombes de cimetières. La faussure a été percée de très petits trous et des lettres ont été engoncées. C’est un système économique. Cela ne convient pas du tout aux cloches de volée, car les lettrines se détachent. Ces épigraphies reprennent un grand nombre de noms de villes wallonnes. On se demande si ce n’est pas tout simplement la ville donatrice de la cloche. C’est une supposition, rien n’est prouvé.

Plus précisément sur les Michaux : elles possèdent toutes la date 1921, sur le milieu de faussure. Au cerveau, O MICHAUX, FONDEUR. Quand la cloche est trop petite : O MICUX. Une cloche mentionne O MICHAUX, FONDEUR A LOUVAIN. Dans tous les cas, l’épigraphie est malaisée. Les rinceaux sont flous ou donnent l’effet de cire déformée. Les lettres des chiffres sont malformées. Les lettres des mots ne sont pas alignées. De surcroît, on relève dans le bronze un nombre important de bulles, notamment à la hauteur du cerveau. Cela provient soit d’une température de fonte trop élevée, soit d’un dégagement gazeux de la fausse cloche. Ces défauts fragilisent la cloche. Le son quant à lui, heureusement, n’est pas trop affecté.

L’entretien est réalisé par Clock-O-Matic. Le système de commande est un Cariomat 2000, tout comme à Deinze. C’est le premier ordinateur au monde de commande des ritournelles. Le système engrange pour le moment une trentaine de mélodies. Celle qui est jouée actuellement est « la petite Gayolle ». Comme le dit Pierre Allard : que ce soit conscient ou inconscient, cela doit inévitablement marquer l’esprit des élèves et rythmer leur vie. Sur le Cariomat, on sait monter un petit clavier midi. Cependant, ça arrive à la tour avec un décalage par rapport à l’impulsion, ce qui est fort difficile à gérer pour le musicien. Dans la pratique donc, ça se fait assez peu. Une évolution du matériel de commande pourrait être envisagée d’ici quelques années.

Omer Michaux est un fondeur assez reconnu en Belgique, mais il nous en reste un nombre de cloches plutôt faible vu l'ample production qu'a connu sa carrière. Né le 25 mars 1877 à Jambes, il devient par la reprise de l'établissement l'apprenti du fondeur Alphonse Beullens, à Louvain. Il reprendra la succession de l'atelier en 1903. Les cloches sont alors signées (au moins en 1904) : O.Michaux succ. A. Beullens Louvain. On lui connaît comme oeuvre de jeunesse en priorité le carillon d'Arlon, étant donné que celui de Braine-Le-Comte n'existe plus (remplacé par un Petit & Fritsen). La suite de sa carrière l'amènera auprès de Marcel Michiels Jr en 1929, où il partagera certaines fabrication des oeuvres de ce fondeur, ce jusqu'en 1939. En 1935, il obtiendra un grand prix en compagnie des fondeurs et fabricants Somers, Pauli et Michiels Jr. Ses bureaux étaient alors situés au 211 avenue Rogier à Schaerbeek. Il décède à Louvain le 22 octobre 1956. Certaines sources bibliographiques expriment que c'est en 1955.

Une petite promenade a été faite à l’ancien atelier d’Omer Michaux, à Schaerbeek. Suite à une interrogation des habitants et comme on s’en doutait, il ne reste aucune trace de l’atelier sur place.


L'ancien atelier d'Omer Michaux à Schaerbeek.

Bibliographie
- Dictionnaire des facteurs d'instruments de musique en Wallonie, Mardaga. Malou Haine, Nicolas Meeùs.
- Carillons of Belgium and Holland : Tower Music in the Low Countries, William Gorham Rice.

Vous pouvez écouter la ritournelle ci-dessous :

Nous allons maintenant découvrir le carillon...


Le Cariomat de Clock-O-Matic.


Vue d'ensemble du carillon.


Les cloches sont disposées sur les quatre côtés du clocher.


Les un peu plus bleues (en face) sont les Michaux.

Les cloches Michaux


Les photos sont très répétitives. C'est un inventaire campanaire, ce qui justifie le mitraillage, on ne peut pas retourner tous les deux jours dans ce genre d'endroit !


Elles sont sur deux poutres, sous les Eijsbouts.


La date 1921.


Les marteaux sont des Clock-O-Matic.


Les rinceaux.



Les petites cloches.


Voici un défaut de fonte. Les bulles sont dues à soit une température de fonte trop élevée, soit une
fausse-cloche pas assez cuite, ce qui provoque un dégagement gazeux lors de la coulée.


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