Tchorski
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Les carrières de ciment du Grenoblois

Ces pages concernent les exploitations du ciment dans le pourtour de la ville de Grenoble.
Les différentes carrières y sont abordées. Si certaines localisations sont imprécises, c'est volontaire.
N'est documenté que le berriassien. Pour les autres roches, se rapporter à la racine du site.


Le travers-banc de Lachal en 2001, aujourd'hui totalement effondré.

Les différentes pages sur les carrières souterraines sont accessibles ici :
Carrière Achille (document fort ancien)
Carrière Lachal
Le 630
Ciments de C.
Ciments de S.
Ciments du Sappey
Ciments Cp.
Ciments Cv (2005)
.
Ciments Cv (2010).
Ciments U.

Le début de l'exploitation du ciment autour de Grenoble serait situé aux alentours de 1750, lors du début de l'extension de Grenoble. Deux carrières ont été exploitées durant cette période, dont quelques vestiges sont encore visibles. La première est à proximité immédiate de la porte de France, dans une propriété privée. La seconde est située sous la Bastille, accessible par un petit chemin dallé, elle s'intitule actuellement carrière d'escalade. Ces deux carrières ont été abandonnées en 1879, suite à un éboulement important causé par un tir de mine. Un ouvrier y perdit la vie.

A partir de 1830 commencera l'exploitation de carrières extra-muros, notamment par la société Arnaud et Carrière. Cette société est dirigée par monsieur Vendre. Je cite : Parmi les fabriques de ciment qui existent dans le département de l'Isère, la plus importante du pays, et sans contredit l'une des plus remarquables de France, est celle de la Porte-de-France, près de Grenoble. Elle a été fondée par MM. Arnaud et Carrière, et elle est dirigée par M. Vendre. Plus tard, cette société sera cédée à Vicat, cela serait daté de 1842. Je cite : Le calcaire qui donne ce ciment s'exploite dans la commune de Saint-Martin-le-Vinoux. Sa découverte, faite en 1842, est due aux indications de MM. Vicat, E. Gueymard et Breton. Le colonel Breton serait l'un des principaux instigateurs de cette découverte. C'est un calcaire marneux, compacte, gris noirâtre, et homogène. Le banc, de 4 à 5 mètres d'épaisseur, plonge sous un angle de 75 degrés vers le nord-ouest. Il est recouvert d'une couche d'argile de même épaisseur. Ce calcaire est exploité à ciel ouvert. Il est assez dur pour qu'on soit forcé de faire jouer la mine. Il renferme environ 24% d'argile.

Sont liées aux ciments de la Porte de France les société Dumollard et Viallet, De Bordes et Compagnie, Dupuy. Elles exploitent le mont Rachais. Il est cité dans 'les ciments de la porte de France', 1886, par l'association française, que la société Dumollard et Viallet exploite au mont Jalla, les niveaux les plus élevés seraient donc de leur fruit. L'établissement Arnaud, vendre et Carrière est situé à mi-hauteur du mont Jalla.

Ces carrières sont des exploitations de ciment prompt, aussi dit ciment à prise prompte.
Je cite Technologie du Bâtiment, (1863) : Ce ciment a une couleur jaunâtre. Prise prompte, foncée, il perd 3,4% par la calcination. Il fait prise en cinq minutes. Sa dureté va en croissant. Sa résistance à la traction est de 2k55. Ce ciment doit être préféré pour les travaux hydrauliques ou souterrains. Le ciment de la Porte-de-France est éminemment propre à la fabrication des conduites pour les eaux et pour le gaz. Ces tuyaux sont plus lourds que ceux en fonte, mais cet inconvénient disparaît puisque ces conduites se fabriquent sur place. Les conduites en ciment ont l'avantage de ne pas s'engorger par des concrétions calcaires et ferrugineuses. D'après Wikipedia et donc plus précisément, Le Ciment prompt est techniquement un ciment obtenu par une cuisson de 1 000 à 1 200 °C de calcaires contenant de 23 à 30 % d'argile et dont la prise s'effectue en dix ou vingt minutes. Le plus souvent, c'est un ciment naturel, provenant de la simple cuisson d'une gangue ayant naturellement les bonnes proportions de calcaire et d'argile. La pierre, à la sortie du four, reste quelque temps à l'air et absorbe de l'humidité, puis elle est blutée, conservée en silos et ensachée. Il est aujourd'hui utilisé comme ciment à sceller, comme adjuvant naturel dans les enduits de chaux et pour fabriquer des moulages d'art.

Aujourd'hui, il ne reste plus qu'une seule carrière active : l'exploitation souterraine des Combes, au col de Clémencière. Les autres exploitations souterraines sont société des Ciments de la Porte de France, faillie. Les matériaux des Combes sont envoyés à l'usine cimenterie de Saint-Egrève.


Le funiculaire au sommet du Jalla.

Dans la Revue des sciences et de leurs applications aux arts et à l'industrie, je cite le récit de visite d'une exploitation. On peut présupposer qu'il s'agit de la carrière 630 : L'exploitation du calcaire se fait dans 46 galeries superposées ayant chacune 3m50 de hauteur, séparées par des plafonds de même épaisseur. Quelques-unes dépassent un kilomètre de long. [Cette description fait tout à fait penser à Lachal, cependant la galerie n'était pas à ce point ouverte à cette époque là je pense]. Pour assurer la régularité de la fabrication, on a dû créer diverses installations. La plus importante, située à la partie supérieure de la couche, présente un grand intérêt du point de vue de l'art de l'ingénieur. Elle comprend l'exploitation de 20 galeries, étagées sur une hauteur d'environ 140 mètres, dont la principale se trouve 400 mètres au dessus du niveau supérieur des fours. [On y lirait volontiers la description du niveau 400, qui serait alors la galerie de pied de l'exploitation Lachal, ce serait après recoupements de visu sur place le niveau 630, au dessus du travers-banc de Lachal. C'est effectivement une exploitation sub-verticale fort ancienne]. Les pierres, extraites des galeries supérieures (au nombre de 14) y sont amenées dans la galerie centrale par des puits inclinés. Celles provenant des 6 galeries inférieures y sont remontées par un monte-charge et chargées dans des wagonnets qui roulent par simple déclivité de niveau, sur une voie ferrée établie sur le flanc de la montagne et d'une longueur de plus de 800 mètres.

Pour franchir les 400 mètres qui séparent cet étage de l'usine des fours, on ne pouvait songer à aucun système de puits, de plan incliné. Le rocher est à pic sur une grande hauteur et plus bas, le sol est hérissé d'obstacles de toute nature. La disposition adoptée est celle d'un câble aérien, d'une portée énorme. Entre la gare de départ [visible à proximité de l'entrée du 630] et la gare d'arrivée, la distance verticale est de 310 mètres. Il s'agissait d'établir un câble de 600 mètres, sans supports intermédiaires et capable de supporter des charges constantes de 1000 kilogrammes par wagonnet. La portée était double de celle qu'on avait donnée jusque-là à ces câbles et la charge dépassait de moitié les charges ordinaires. Le résultat complet ne fut pas obtenu du premier coup.

A la gare d'arrivée, au point d'attache inférieur du câble, les pierres sont encore loin des fours. Elles y arrivent par un puits vertical de 90 mètres de hauteur et tombent dans les wagonnets, qui les conduisent par une galerie de 400 mètres dans 47 fours, d'une capacité moyenne de 80 mètres cubes, qui cuisent sans arrêt le précieux calcaire. (signé Docteur A. Cartaz).


Le funiculaire.

On en déduit : le niveau 630 constituait à l'époque le roulage principal. Les pierres étaient descendues par câble, par le biais du premier téléphérique industriel du monde. Elles étaient reprises sur un second parcours au niveau du 250, c'est à dire le carreau de la carrière Achille [installations encore existantes aujourd'hui, bien que ruinées]. Contrairement à ce que j'ai pu écrire dans le passé, Achille est au niveau 250 et non pas le 210, puisque cette dernière cote correspond à quelque chose près au niveau de l'Isère. De là, elles étaient acheminées dans un canal presque vertical jusqu'aux fours, effectivement niveau 210.

Sources :
Jacques Debelmas, Les anciennes carrières de Grenoble et de ses environs immédiats. Laboratoire de Géologie Alpine, URA69.
J. Pelouze et E. Frémy, Technologie du bâtiment, 1863.
Gaston Tissandier. Revue des sciences et de leurs applications aux arts et à l'industrie, 1886.
Fabien Natalie, Les carrières de Grenoble, 2000.

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