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Tchorski
Le carillon de Floreffe (1/4)


Floreffe dans le passé, la place communale.

Cette page est un petit documentaire sur le carillon de Floreffe. Si je dis petit, c’est que cela aurait pu être plus conséquent, mais malheureusement, l’état des poutres et planchers limite assez grandement la progression. Merci à Bernard Sebille pour la demande d’autorisation et le suivi sur place. La moitié des photos est de Sandy De Wilde. Merci aussi à l'abbaye de Floreffe (personnel du moulin) pour le prêt des clés.

Le carillon se trouve au sommet de la tour de l’abbaye de Floreffe, sous la flèche et au-dessus des abat-son des cloches de volée. L’escalier d’accès se trouve du côté droit de la nef de l’abbatiale. Il donne accès à une salle sous-cloches vide, puis la salle des cloches de volée, puis la salle de carillon, puis la charpente de la flèche.

Les cloches de volée

Vous pouvez écouter la volée ci-dessous. Par contre, ce n'est pas une volée classique, la commande étant indisponible. J'ai simplement poussé les cloches pour avoir leur son. C’est évidemment moins bien parce que la volée n’est pas calibrée.

Elles sont au nombre de trois. Vu l’état du plancher et des poutres, je n’ai pas pu les inspecter à ma convenance. Il ne m’a pas été possible de lire en détail les dédicaces, d’une part parce que c’était inaccessible, d’autre part à cause de l’épaisseur de fientes sur la faussure ou le cerveau. D'après Emmanuel Delsaute, la grosse est une Van Aerschodt. Les deux plus petites sont d'après Hugues de Suraÿ des Lainville. Il existe une quatrième cloche, plus petite. Elle est exposée avec son mouton dans le musée. C'est une Van Aerschodt.

Le système de volée est du même type pour les trois cloches. Il s’agissait au départ certainement de rétrograde à joug arqué. L’axe est en U à l’envers. Par contre, des modifications ont été faites afin d’approcher un système rétrograde simple. L’axe de la couronne a été descendu, il est presque au niveau du palier (mais ne l’est pas complètement). Un mouton a été ajouté. Ce mouton comporte des pièces en bois et de manière variable, des blocs de béton ou de pierre de taille.
A chaque cloche, le battant frappe le bas de la pince.
Un autre point commun à ces cloches : toutes les bouches sont ébréchées.

A propos de ces cloches, monsieur Hugues de Suraÿ nous apporte les précisions suivantes :

Pour ce qui concerne les cloches de l’abbatiale de Floreffe, je les connais bien pour les avoir côtoyé pendant 7 années, jours et nuits !!! entre 1953 et 1961. J’ai également été plusieurs fois leur rendre une visite proche (...) Je puis donc vous apporter les précisions suivantes :

1- Les cloches anciennes de l’abbaye ont toutes disparu lors de la révolution française, seuls les châssis supports en bois sont restés et ont été ensuite réutilisés lors de l’arrivées de nouvelles cloches.

2- Les 3 cloches que vous décrivez datent toutes de 1847. C’est d’ailleurs la date que renseigne l’IRPA dans sa banque de données photographiques et c’est également la date que porte les 2 plus petites cloches (la 1 et la 3 dans votre description).

3- Pour ce qui concerne les 2 “petites” cloches (la 1 et la 3) ce sont toutes les deux des cloches sorties de la fonderie Lainville Frères en 1847 : il suffit notamment de voir la photo A60249 de la banque de données IRPA pour vous en convaincre.

4- Quant à la plus grosse, l’IRPA la renseigne comme étant de 1847 aussi. Il s’agit d’une cloche dédiée à Saint Norbert, fondateur de l’abbaye de Floreffe en 1121 et il s’agit d’un don du Chanoine Prémontré Jacqmain.

Toutes ces cloches avaient été enlevées par les Allemands au printemps 1944 mais heureusement retrouvées (plus ou moins) intactes à Hambourg par l’armée américaine.

Je puis également vous préciser que ces 3 cloches étaient les seules utilisées ensemble lorsque l’on sonnait la messe tous les dimanches et lors des fêtes. La 4ème cloche (démontée vers 1980 et actuellement au musée) ne sonnait que seule et en semaine et rythmait la vie des pensionnaires. Cette cloche avait été laissée en place par les Allemands en 1944 (la règle était de laisser une cloche, la plus petite par église et de laisser également en place les cloches “historiques” c’est à dire anciennes ; malheureusement le XIXème siècle était alors considéré comme contemporain!!).

Je puis également vous préciser qu’au moins jusqu’en 1962, le seul moyen d’actionner ces cloches était la corde !! Deux personnes pour la plus grosse et une personne pour chacune des deux plus petites. J’ai à de nombreuses reprises pu me faire les biceps à cet exercice !!

Pour ce qui est du carillon, il est récent puisqu’il s’agit d’un don personnel de l’abbé Molitor décédé dans les années 50, passionné de carillons. Il est également le donateur du carillon de Beauraing.

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Cloche 1 – Lainville, 1847. La plus grave. Une des quatre anses est renforcée avec une pièce d’acier. Figure de Saint-Nicolas, assez petite mais soignée. Repose sur un lit de feuilles d’acanthe. Pour cette cloche, décoration fort dégradée (mieux visible sur la petite cloche). Battant thermoforgé.
Rinceaux simples mais soignés. Ligne inférieure de feuilles de vigne. Cordons, 3 à la bouche, 5 à la pince. Deux lignes de dédicace, illisible cause saleté. Couronne simple. Nombreuses ébréchures à la bouche. Marteau en acier, placé tête en bas.

Cloche 2 – Van Aerschodt, 1847. L’intermédiaire. Une des quatre anses est cassée. Possède un morceau d’acier en remplacement, disgracieux mais à peu près fonctionnel. Belle et grande figure mariale sur la panse, probablement répétée 4 fois (très difficile à voir). Elle repose sur un piédestal. Ce piédestal est composé d’un ou deux angelots, difficile à déterminer pour la partie droite, mais probablement deux. A l’intérieur du piédestal, deux C ornementés de cordons de boules. Un C à l’envers et un C normal. Pourrait éventuellement représenter un pilier ou des initiales, mais impossible à déterminer. Dédicace en lettrage classique, cire perdue. Rinceaux assez complexes, représentant du feuillage pendant (grappes de glycine ?) et des blasons ovales.Battant à boule boulonnée. Baudrier usagé. Graffiti Theo, Wilsele, 1981, klokkeman, à l’intérieur de la panse. Présence d’un marteau à électro-aimant. Forme un peu étrange. Très usagé. Tête vers le bas. A gauche du beffroi, ancien joug présent, semble curieusement cloué pour tenter de renforcer la structure. Couronne simple et aux anses carrées. Anses non doublées.
Ebréchures à la bouche, mais les deux autres cloches sont plus abîmées que celle-là.

Cloche 3 – Lainville, 1847. La plus aiguë. Figure de St-Nicolas, à l’identique de la cloche 1.
Rinceaux différents de la cloche 1. Un rinceau supérieur de végétaux fruitiers ou floraux, probablement une treille de glycine, plutôt soignée. Présence de nombreux cordons. Dans un rinceau supérieur, fleurs de lys étrangement inclinées. En-dessous, ligne de dédicace comportant des chronogrammes. Impossible à lire cause danger, plancher en voie de décomposition, tout particulièrement à cet endroit. Lettrines composant un travail soigné. Lettrage classique. Anses carrées simples. Joug surprenant. Mouton constitué d’une pièce de bois, surmontée d’une pierre de taille assez représentative de l’architecture de l’abbaye. Probablement de la récupération. Joli, donne un aspect soigné. Très nombreuses ébréchures. Ancien mouton présent par terre, à gauche du beffroi, abandonné. A droite, présence d’un ancien axe, en bois.

Les cloches 1 et 2 sont situées dans le même beffroi constitué de poutres en bois. La cloche 3 est située à l’opposé, avec son propre beffroi, dans un coin de la tour. Ces trois cloches possèdent la particularité originale de présenter des chronogrammes. Une pierre de marbre, se trouvant dans ce qui sert actuellement de salle de sport, possède également un chronogramme. Cela semble donc être une pratique bien répandue à Floreffe.

D’après les dires, ces cloches ne seraient plus mises en volée et même le tintement serait rare. Ce serait aux grandes occasions. Ne semble plus être entretenu depuis des lustres. Chaque cloche est équipée d’un moteur, qui d’aspect semble pas trop mal, mais je ne sais pas s’ils marchent encore.

Le carillon

Vous pouvez écouter le carillon ci-dessous. Etant donné qu'il n'y a plus de clavier et qu'il faut courageusement monter dans la structure pour avoir leur son, c'est uniquement un petit tintement sur la pince pour avoir une idée de la sonorité.

Le carillon est situé au-dessus des cloches de volée, dans une salle à part. Possède ses propres abat-son. Situé sous un redent de toiture.
Les cloches sont encore présentes, mais le clavier et la tringlerie sont démontées depuis assez longtemps.

Nombre de cloches : 20. Une des cloches placée tout au-dessus de l’installation semble à part. Elle n’est pas placée dans la gamme chromatique, et elle possède encore son battant tiré. J’évoquerais donc plutôt 19 cloches, bien que je ne possède pas d’explications complémentaires.

Ce sont des cloches Michiels de 1939. Elles ne sont pas indiquées JR. Elles datent sans doute de la collaboration avec Michaux jusqu’en 1939. La particularité de ces cloches, c’est qu’elles paraissent quasiment neuves. Elles sont très peu corrodées, il y en a seulement une qui présente un éclat à la bouche. Sinon elles sont nickel.

Elles ont une bonne sonorité pour autant qu'on ait pu en juger. Par contre, leur décoration n’est pas du plus bel effet.
Au cerveau : un rinceau de branches d’olivier, en placement alterné. Ce sont des rinceaux collés, ce qui est rare et donne un aspect artisanal, quelque peu "malhabile". Les joints entre collages ne sont pas forcément droits, c’est surtout ça le plus bizarre. Quelques endroits où les branchages ne font pas tout le tour, donc le fondeur a ajouté un petit morceau carré de branchage. Ouhlà, pas joli… Lettrage "MICHIELS 1939". Aucune mention de Michaux. Lettrines composée par des lettres classiques, maladroites. Les lettres comportent des bourrelets. Lettrages séparés par une fleur alpine, jolie. Eventuellement de l’edelweiss.
A la panse : rinceau assez compliqué, de végétation et de têtes d’angelots souffleurs (comme sur des fontaines). Indéterminé si la décoration est collée ou non, semble que oui.
A la pince : cordons simples.

Un certain nombre de cloches possèdent un marteau, du côté extérieur (vers dehors et non vers le centre de la tour, seul côté qui puisse être inspecté). Un câblage plutôt bien fait semble témoigner d’une ritournelle automatisée. Ne fonctionne plus. Il a été évoqué la présence d’un petit clavier de piano pour électro-tinter les cloches. N’est plus présent aujourd’hui, peut-être rangé dans un coin…?

Il y a quatre rangées de cloches, des plus graves en bas aux plus aiguës en haut. La dernière cloche se trouve isolée sur une cinquième rangée.

Le plancher

A l'occasion de cette visite, et conformément à la description d’Emmanuel Delsaute, il a été constaté que la charpente est dans un état déplorable. Edit 2013 > Les lieux sont en travaux de rénovation considérables. Edit 2014> Les lieux sont totalement rénovés et fonctionnels.

Le carillon est actuellement partiellement démonté. Le clavier, la tringlerie et probablement les battants tirés, sont en (réparation ? ou en dépôt) depuis longtemps chez Martinez (comme évoqué plus haut). Il reste tout en haut de la tour vingt cloches. Elles sont dans un très bon état vu leur âge. L'une possède une ébréchure à la bouche. Quelques autres ont de petits impacts sur la panse. D’une manière générale, elles sont intéressantes.

La crainte, c’est qu'elles ne soient plus accessibles dans un avenir proche vu l'état des structures.

Le cheminement d’accès, comme bien souvent dans les clochers, n’est pas simple. Les escaliers et échelles sont en très mauvais état. Encore pire (car une échelle se remplace facilement), les madriers et les planchers de la tour sont dans un état inquiétant.
Il a été constaté diverses dégradations très importantes :
-des poutres littéralement mangées par l’humidité. Certaines parties sont rongées, il n’y a plus de structure rigide unifiée. Quelques poutres, mais pas toutes, ne remplissent plus de fonction porteuse.
-le développement de champignons filandreux d’aspect noir, dans les parties humides. Pas de mérule par contre.
-des poutres, des planches, des barreaux d’échelle, sont littéralement minés par les capricornes. Il ne reste quasiment plus aucune structure saine. Nous avons de surcroît vu des larves (termites ?) se déplacer à la surface de certaines poutres rongées.
-une occupation par des pigeons. L’épaisseur de guano est modeste (5 à 10 centimètres), mais cela empêche de visualiser quelles parties sont saines, et lesquelles ne le sont pas.
-de plus, quand on regarde du dessous, le plancher du carillon est manifestement un assemblage de bric et de broc.

Vu l’état de dégradation actuel, le clocher est à considérer comme très dangereux. Il y a des trous partout. L’état malsain de la charpente et des sols entraîne que de plus en plus, le risque de passer au travers est généralisé.

Il nous semble donc que le démontage provisoire du carillon est à réaliser, afin de récupérer les cloches. Cette action de préservation permettrait de réaliser des économies. En effet, si l’on attend encore, il faudra la grande grue pour les enlever… La structure n’est de toute façon plus adaptée pour accueillir un carillonneur.


La tour abbatiale. Les cloches de volée sont au niveau des abat son dans la tour en pierre et le carillon
se situe dans le début de la flèche. On voit les abat son supplémentaires.


Nous allons doucement cheminer vers les hauteurs.


L'accès se trouve sur la droite de la nef.


Il faut monter un escalier plutôt bancal, avec une rampe "décorative".


Le plancher est un bricolage qui ne ressemble plus à rien.


Il y a des trous partout et les planches sont vieilles.


Voici une vue partielle du sol de la salle des cloches. Autant dire que ce n'est pas une partie de plaisir.


Certaines planches sont déstructurées (champignon ?)


Le reportage est donc difficile et incomplet.

Les cloches de volée


Voici 2 cloches de volée vues du dessus.


Elles sont assez moyennement accessibles (une seule face visible).


Au fond, la plus petite cloche. Elle est très difficilement accessible.


Certaines parties autour du beffroi sont dans un état lamentable.


Il y a de nombreuses marques de tâcherons, ou d'anciens élèves (?)


Nous allons commencer par la cloche 2.


Pour ensuite passer à la cloche 1.


Puis nous terminerons par la 3.


La numérotation est arbitraire et correspond uniquement à l'ordre de documentation...

La cloche 1


Seule cette face est accessible.


Le reste est truffé de trous et de poutres pourries.


La décoration est malheureusement rendue illisible sans un brossage conséquent.

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