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L'épigraphie
campanaire (1/2) L'article
a été fortement corrigé et augmenté par Eric
Sutter, président de la Société Française de
Campanologie. Un grand merci à lui pour le temps passé à
ces corrections. Rien que le titre
donne mal à la tête ! (mais
ce n'est pas méchant). Epigraphie : les écritures
réalisées de manière non putrescible, dans la pierre, dans
le bois, dans le métal, dans notre cas sur la surface extérieure
des cloches. Campanaire : tout ce qui est relatif aux cloches. L’épigraphie
campanaire consiste donc aux inscriptions présentes sur la faussure des
cloches. Le petit texte ne vise pas à décrire des cas particuliers
- il y en a assez partout - mais à développer quelques tendances
générales qui peuvent largement dépasser les frontières. Cet
article regroupe par facilité sous le mot épigraphie
tout l'aspect des inscriptions, mais il serait plus juste de parler d’épigraphie
(les inscriptions) et d’iconographie (les décors) campanaire. Ces
inscriptions sont le plus souvent de deux ordres principaux, religieux ou locaux,
bien que de nombreuses catégories ou sous-catégories soient possibles. Ces
ordres d'inscriptions peuvent être conjoints ou bien présents l’un
ou l’autre, il n’y a pas de règle spécifique qui entraîne
que l’un exclue l’autre. Le plus souvent, on trouve des mentions spécifiquement
religieuses. L’autre possibilité qui est un peu moins fréquente
(ratio 40% / 60%), c’est la mention d’éléments historiques ou locaux
concernant des évènements qui ont marqué le cours de l’histoire
de l’église : incendie, reconstruction, pillage, etc. Chapitre
1 : les types d’écritures. Chapitre 2 : les types de dédicaces. Chapitre
3 : les techniques d’épigraphie Chapitre 4 : les rinceaux et les décors Les
types d’écritures. Les polices
de caractères utilisées sur les faussures sont variables, elles
peuvent relever d’un standard d’une époque, ou bien d’un désir artistique
qui prévaut et qui mène à la création d’une typo. Pour
ce qui est des cloches anciennes, les écritures sont souvent éloignées
de ce que nous réalisons de nos jours. En tant que médiéviste
amateur, il n’est pas souhaitable d’une de dire que c’est du gothique (il y a
de nombreux gothiques selon les siècles), il faut donc utiliser des termes
plus précis. Voici donc quelques aspects des typographies possibles. La
toute grande difficulté est de les reproduire avec des polices de caractère
qui existent en format informatique. Ci-dessous, c'est sans aucun doute approché.
Pour ce qui est de la textura prescissus, il faut malheureusement reconnaître
que personne ne l’a créée. De ce fait, elle est absente dans les
exemples, bien que largement utilisée dans les cloches médiévales.
Pour explication brève, c’est la même chose que la textura quadrata,
mais les jambages ne possèdent pas de renflements. Il
faut bien comprendre que ces indications de police de caractères ne sont
pas suffisantes pour dater une cloche. Un fondeur récent peut tout à
fait prendre le choix d’écrire la dédicace en uncial du 6ème
siècle. C’est d’ailleurs le cas pour un certain nombre de cloches du fils
Michiels ! Pour cet aspect, Eric Sutter
nous apporte la précision : pour
la typologie des caractères, la terminologie varie un peu entre les différents
auteurs campanaires ; il est courant de parler d’onciales, de minuscules gothiques,
de majuscules gothiques, de gothiques carrées, de romains ou capitales
romaines, scriptes, de cyrilliques (ce sont en tout cas les termes que nous avons
rencontrés dans notre fichier de 35 000 cloches). Les
plus répandues : la uncial (onciale en français), la textura quadrata
wilhelmklingsporgotisch, la textura prescissus, puis bien sûr toutes les
typos contemporaines. Il n'y a pas de différence fondamentale entre la
France et la Belgique. Bien que n'en ayant pas de preuve ni même d'étude,
j'en reste assez convaincu étant donné que les typos étaient
assez communes à l'époque. Les différences de noms proviennent
du fait que je me base sur les polices informatiques disponibles, provenant clairement
d'amateurs et non d'historiens, d'où des variations. La table ci-dessous
est à considérer avec des pincettes... L’image ci-dessus ne représente
qu’une possibilité de tracé. En effet, évoluant au gré
des siècles et des lieux (pour ne pas dire des scribes), les écritures
n’offrent pas une apparence figée et invariante. 
Les
types d’épigraphies 1/ Les
mentions religieuses. Mention de Dieu, de Jésus, de la Vierge Marie,
des Saints, formules religieuses diverses. Ce sont le plus souvent des formules
courtes et en latin. Excepté pour les cloches de structures civiles, ces
mentions sont quasiment inévitables ; encore que, il est assez fréquent
de rencontrer des mentions religieuses dans des structures de beffrois civils,
maisons communales, etc. Les mentions religieuses sont souvent brèves. En
ce qui concerne les saints et saintes, il est assez rare d’y trouver mention par
le biais d’écritures. Le plus souvent, c’est une figure qui les représente,
c’est quasiment systématiquement lié avec le patronage de l’église.
Une différentiation peut signifier un déplacement de cloche, et
par là même donner des indices sur la provenance de cloches qui resteraient
mystérieuses. 2/ Les mentions
de réalisation de la cloche Mention du fondeur. Elles sont systématiques
pour les cloches récentes (18-21ème siècle). Elles sont moins
fréquentes et moins structurées au 17ème. Pour les périodes
antérieures, elles sont sibyllines, présentes assez souvent dans
un texte de mention civile (le roi a demandé a Sylbert de fondre la cloche
le 4ème mois, etc). Elles sont aussi le plus souvent carrément absentes.
Le fondeur est alors déduit du style de la robe, ou des rinceaux, ou des
textes d’archives. Dans les cloches récentes,
le fondeur est quelquefois mentionné par un logo particulier, sans texte.
Cela peut être le cas par exemple pour les Horacantus, encore que, le nom
accompagne parfois le logo, ça dépend des cloches et des années. Dans
les cloches anciennes, le lieu de fonte est parfois mentionné parce que
les fondeurs étaient des itinérants qui passaient de villages en
villages. Une tradition d'itinérance était assez largement répandue
dans la corporation de métier des saintiers, ce jusqu'au début du
20ème siècle. Mention de
la date de fonte. Mention de la date de refonte. Sur ce dernier point, il faut
faire attention. Des cloches anciennes (1450 par exemple) ont été
refondues par un artisan récent. Si les deux dates sont mentionnées,
il faut bien garder à l’esprit que la date de refonte, c’est un métal
ancien mais une cloche récente ! Mention du lieu de fonte. Est encore
assez répandu. -Indication du poids : très rare. -Indication
de la note : anecdotique. 3/ Les mentions
nominatives et aspects liés Sont nombreuses et de nombreux types. Pour
le nom de la cloche, il peut être déduit éventuellement du
prénom du donateur ou de la donatrice, mais cela peut être lié
aussi au nom du saint patron de la paroisse ou à l’usage principal de la
cloche (angélus, par exemple). Le
plus souvent dans l’ordre suivant :
-Mention
du nom de la cloche. Je m’appelle Josette. J’ai été bénie
par… Le nom de la cloche peut être de deux types, celui d’un saint, celui
d’une marraine. Les noms de saints ne sont pas très fréquents, une
étude rapide porte la répartition à un peu moins de 30% des
cloches pour la Belgique. Le nom de la marraine est un cas assez répandu,
le nom du parrain est d’ailleurs étrangement beaucoup moins répandu,
probablement parce que la cloche est considérée comme un élément
féminin. La répartition (prénom de marraine) est dans le
même cadre d’étude de 60%. Les prénoms masculins sont assez
souvent (en fait) ceux des roi, princes, ducs, etc. Les 10% suivants se répartissent
dans de multiples cas particuliers : pas de nom du tout, prénom sans rapport
aucun, dénomination globale (le Timbre, la cloche d’horloge, le Tocsin,
le Bourdon, le Gros Bourdon), noms culturels (la Savoyarde, Big Ben, Millenium
Bell, la Savinienne). Les noms masculins correspondent souvent, de manière
machiste (!) aux bourdons : Salvator, Emmanuel, Albert. Ce n'est cependant pas
exclusif. Statistiquement, le nom Marie vient en premier. Pour les siècles
les plus récents, il y a souvent plusieurs noms (2 à 4) «
je m’appelle Marie Marguerite Charlotte… » -Mention
du curé, de l’abbé, de l’évêque, etc, présent
lors de la bénédiction. -Mention de la date de bénédiction. -Mention
des parrains et marraines. Ce sont des mécènes qui financent tout
ou partie de la fabrication de la cloche. Dans des cas récents, Deinze
par exemple, les mécènes sont des sociétés. Les parrainages
donnent des indications importantes sur la vie locale de l’époque. Ces
aspects nominatifs sont ils civils ou religieux ? Selon remarque d'Eric Sutter
: le nom de la cloche, du parrain,
de la marraine, etc. peuvent être des mentions religieuses si la finalité
de la cloche est religieuse. En particulier, le nom de la cloche dans 90% des
cas est le nom d’un saint déduit du prénom d’un donateur ; il est
enregistré dans l’acte de baptême de la paroisse au même titre
que les humains. -Mention de
la propriété, souvent la fabrique d’église en Belgique. -Mention
des évènements de déplacement, de cas de refonte, d’enlèvement,
etc. Le plus fréquent de nos jours : je remplace Josette, volée
durant la seconde guerre mondiale. -Mention des souverains. En présence
de son excellence Sylbert, etc. Pour les cloches anciennes, n’est plus en actualité
de nos jours. Il est mentionné
dans la littérature l’existence, rarement, de ce qu’on appelle une macédoine
de remplissage. La définition serait : mentionner des lettres pour faire
épigraphie, mais le texte ne comporte aucun sens. Cela semble tout à
fait anecdotique. De manière assez proche à une macédoine,
il existe des textes 'chronogramme'. Le texte comporte des minuscules et des majuscules.
le Mélange De Ces IndICatIons forme une date, ici par exemple MDCIII en
chiffres romains, en ne prenant compte que des majuscules. Pour des raisons de
jeu ou de mystère, le texte peut parfois ne comporter aucun sens cohérent
avec la cloche. 4/ Les mentions à
l’intérieur de la robe. Aucune épigraphie, irréalisable
techniquement à cause de l’accordage. Quelquefois des mentions à
la craie. Le plus fréquent : la note. Quelquefois : mention d’un
nom d’accordeur. Assez rarement : tâcherons, visiteurs, graffitis anciens
inexpliqués, traces de tournages à 90 degrés. Les
techniques d’épigraphie Le
décor et l'épigraphie sont moulés en négatif et ensuite
l’airain est coulé dans le moule.
Au
départ, les traces carrées autour des lettres peuvent laisser à
penser que les lettrines sont collées sur la robe. Cependant, selon remarque
d'E.S. : je n’ai pas vraiment connaissance
de lettrines ou effigies « soudées » sur la robe après
la coulée , je ne vois d’ailleurs pas comment cela peut se faire. Dans
99% des cas, ce sont des apports en cire sur la fausse cloche, mais c’est plus
ou moins grossier comme découpe et comme collage selon les fondeurs, comme
vous le montrez sur les photos ; par contre, certaines inscriptions peuvent apparaître
en creux par gravure de la cloche après coulée quand le fondeur
ne disposait pas de l’information (date de la bénédiction nom du
parrain..) ou quand la cloche a changé de destination (burinage et gravure
d’un nouveau lieu…). Il est très rare de voir un décor ajouté
après la coulée. Le
moule d’une cloche est en trois parties : le noyau, la chape et la fausse cloche.
Ce moule est badigeonné de suif chaud qu’un calibre vient racler, afin
de définir la forme générale de la cloche. La fausse-cloche,
c'est-à-dire le moule négatif qui construit la surface extérieure
de la cloche (la faussure), offre une surface polie et brillante, coupée
à différentes hauteurs par des cordons. Les ornements et les inscriptions
sont confectionnés en cire au moyen de matrices en bois de buis gravées
en creux. La cire comprimée, positive, déposée sur la fausse-cloche,
épouse fidèlement toutes les finesses des détails. On dépose
sur les ornements et inscriptions en cire une terre très fine qui prendra
la place dans les moindres détails sur les reliefs des motifs. Cette terre
est très délayée et s'applique par couches. Les couches de
terre du moule sont quant à elles mêlée de fils de chanvre
croisés pour l’empêcher de se fendre ; cela lui donne de la solidité.
On pousse alors le feu intérieur, dans le noyau, le moule devient brûlant,
la cire et le suif fondent et sont absorbés par la terre. Le moule de la
fausse cloche est alors achevé. Les éléments négatifs
du moule, en terre cuite, sont définis par l’absence de cire, fondue et
perdue. On appelle cette technique la cire perdue. Cette
technique est comme on le voit assez compliquée à exécuter. Les
rinceaux et les décors On
appelle les rinceaux les décorations répétitives apportées
sur les cloches, en dessous ou au dessus des dédicaces, quelquefois au
bas de la pince aussi. Le terme rinceau provient en réalité de l’architecture
: Ornement d'architecture composé
de branches, de fruits, etc., disposés par enroulement. La définition
correspond donc bien à la décoration, c’est simplement que ce n’est
pas un terme propre à la cloche. Les
rinceaux sont souvent des mêmes types de végétaux, il n’est
pas commun de découvrir des rinceaux de cannabis ! Dans les plus courants
dans les structures classiques : feuilles d’acanthe, feuille de vigne, feuillages
fruitiers de groseilles, feuilles de clématite, feuilles de chou. Dans
les rinceaux plus récents, les formes peuvent être géométriques
(Eijsbouts), représenter des figures fort soignées (Voegele), des
anges, ou plus rarement des arabesques. On
n’observe pas de rinceaux avant le 15ème siècle. Le début
d’apparition sur les cloches date du 15ème. Plus on se rapproche du 17e
siècle et moins la fonte des cloches est pure. On a donc une dégradation
de qualité dans cette période. L'âge d'or du rinceau végétal
est le 19ème. On appelle cordon
les lignes qui font le tour de la cloche. Ils sont soit pleins et fondus par moulage,
on les appelle alors des cordons de masse. Autrement, ils sont – plus rarement
– constitués d’un alignement de boules. On les appelle alors les cordons
perlés. Les cordons entourent le plus souvent la dédicace au sommet
de la faussure, sous et sur la dédicace. On observe aussi très souvent
des cordons à la fourniture, c'est-à-dire l’endroit de jonction
entre la faussure et la pince. Quelques rares fois, il y a un cordon à
la patte, c'est-à-dire l’extrémité de la pince, à
la jonction avec la bouche. Sources Assez
largement : Exploration campanaire
du Périgord, par l'Abbé H. Brugière, 1907. Puis
: Les Cloches Du Canton De Rethel.Épigraphie
Campanaire Ardennaise. Épigraphie campanaire de l'Aisne. Les cloches
du canton d'Oulchy-le-Château, A. Rety, 1911. Epigraphie campanaire ardennaise.
Les cloches du canton de Novion-Porcien, Albert Baudon. Eric Sutter, la campanographie
française, 2006.
(Bibliographie et motivation à bosser !) Robert
Favreau, étude d'épigraphie médiévale, 1995.
Nous
allons donc passer à présent à la partie illustration, qui
permet de mieux visualiser ces généralités. Les images proviennent
des trois cloches de Gallardon (Eure & Loir), idéales pour illustrer
ce sujet. Les
dédicaces  Voici
un exemple de dédicace ancienne, c'est une cloche de 1403.
 Le
lettrage est une forme approchée du british museum du 14ème siècle.
 Le
type d'écriture permet de donner des indices sur l'ancienneté de
la cloche. Ici, les lettres sont décorées d'enluminures végétales
à l'intérieur des vides, c'est une forme primitive de rinceaux.
 Les
mots sont espacés par des éléments séparateurs, soit
des décorations, soit des éléments verticaux qui ressemblent
un peu à des os cannelés. C'est assez représentatif du travail
de cette époque médiévale.
 Sur
cette cloche plus récente (1937), les lignes de dédicaces sont réalisées
entre des cordons plutôt massifs, enserrés entre deux lignes
de rinceaux supérieur et inférieur.
 Ici
est mentionné le nom de la cloche : Thérèse-Denise.
 Sur
ce détail, on commence à voir le détail des lettrines. On
remarque qu'il y a un petit liseré carré à chaque bord de
lettre (voir la fin du mot curé). Ce liseré témoigne du soin
apporté au lettrage, mais aussi éventuellement à la dextérité
du fondeur.
 Les
traces sont ici le signe d'un travail adroit, car certains lettrages sont parfois
moins bien réalisés.
 Mention
du parrain.
 Sur
la patte, mention du fondeur. Ici, c'est un peu plus compliqué, parce que
cette cloche a été fondue par Louis Bollée, aidé d'Armand
Blanchet, lui-même fondeur de cloches.
 Je
figure Louis Bollée comme maître fondeur d'une part parce qu'il avait
beaucoup d'expérience, il avait 59 ans lors de la fonte ; d'autre part
aussi parce que Armand Blanchet est beaucoup moins réputé en
tant que fondeur de cloches.
 Détail
sur un nom de fondeur.
 Sur
cette autre cloche, de fondeur non identifié pour ma part, le lettrage
est un peu plus fantaisiste, c'est donc signe de recherche, mais le moulage laisse
plus de relief à la surface de la cloche.
Les
rinceaux  Ce
sont les décorations qui enserrent la dédicace.
 C'est
ici une végétation très classique de feuille d'acanthe.

 Sur
la pince.
 Ce
genre de décoration donne un charme indéniable à toute cloche.
 Ici
par exemple, cette cloche n'a pas de rinceaux et ne possède pas de décoration
d'anse, c'est plus basique.
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