Le collège

Ce documentaire est dédié à Alice Weber et surtout à son avenir.
C’est aussi dédié à tous les élèves et enseignants du collège. Ceux avec qui j’étais proche savent que l’exposition n’était pas une finalité en soi mais que le travail a été réalisé essentiellement pour les élèves. En tant que fonctionnaire dans une administration communale, c’était une occasion rêvée pour faire vivre la commune, donner une image et une place aux acteurs de ce collège placé en plein centre-ville. Pour chacun d'entre nous, nous ne passerons plus à cet endroit là de la même manière étant donné que les lieux se sont chargés d’un tissage d’histoire(s) : ce que nous avons partagé. C’était aussi une occasion de donner sans compter, afin d’exister (fort) et je crois que c’était bien.

 

Chaque image ci-dessous mène à une galerie photo. Les images sont classées par thématiques, encore que... c’est un tout... Le classement a été fait par facilité.


Le collège

Ce reportage couvre le quotidien d'une année scolaire dans un collège de Belgique. Le but de l’opération était / est de montrer sans artifices la vie d'une école. Souvent, les photographies de milieu scolaire montrent un environnement policé et très fortement stéréotypé : un enseignant écrit au tableau, un élève lève le doigt pour prendre la parole, au mieux un enfant écrit sur un cahier. Si cela existe (et fait d’ailleurs partie de ce reportage), ce stéréotype – en quelque sorte l’image qu’on se fait de l’école – est un peu stérile, car le collège c’est une démarche active et beaucoup d’autres choses qui ne se résument pas à un cahier ou une craie. On y apprend une matière première qui est la source de la vie scolaire : les maths, la géo, la grammaire, etc. On y apprend aussi la vie en communauté, le respect et l’entraide, comment faire pour se dépasser, et tellement de multiples choses insignifiantes mais qui nous sont utiles pour notre future vie dans la société. Si ce reportage photographique avait un projet pédagogique, cela se serait résumé en une seule phrase : montrer cette réalité scolaire qui appartient aux élèves. On n’est pas dans un projet institutionnel ou commercial, la liberté est grande, alors ce reportage s’est dessiné pour et par les élèves. C’est eux qui en grande partie ont été acteurs du déroulement : il faut venir en tel cours, il faut rencontrer tel enseignant…


En classe (1)

En classe (2)

En classe : C’est le début à tout dans la vie du collège, l’enseignement. Le principe a été assez simple, je me mettais près du tableau et je me faisais le plus discret possible. Au tout départ, rien n’était possible parce qu’en tant qu’étranger, j’étais le centre de toutes les attentions. Au début des cours, il n’y avait pas le naturel du quotidien, je n'étais pas assez absent. Au fur et à mesure du temps qui passait, les élèves se sont bien rendus compte que je n’étais pas intéressant, alors l’attention s’est relâchée. C’est à ce moment là que le travail à commencé. Afin d’être plus discret dans les prises de vue, j’ai monté un bête système de déviation de l’optique, afin de pouvoir cadrer sans avoir à regarder dans ou vers le viseur. Sans en être averti ou sans découvrir le bricolage-miroir, les élèves ne pouvaient pas vraiment se rendre compte qu’ils étaient pris en photo – même s’il faut l’accepter, dans une telle situation, la discrétion zéro est une chimère. Ces images sont parfois un peu sombres, un peu mal cadrées, mais il faut bien se rendre compte de la très grande difficulté : la prise de vue est celle d’un point fixe. Dans très peu de cas j’ai pu me déplacer dans la classe, au contraire des salles de sport. Il fallait de manière absolue ne pas perturber le cours, et donc jouer la discrétion maximale…


En sport

En gym

En sport et en gym, ça a été plus facile. Il y a aussi que l’ambiance n’est pas la même. On se sent plus libre, on a la possibilité de courir partout. Au niveau des impressions, le sport était plus tourné vers l’activité physique pure tandis que la gym représentait l’apprentissage de son corps, de ses possibilités, de ses limites. En cette matière dans la section gym, les photos représentent un cours qui s’intitulait « travaille ton audace ». Divers exercices reprenaient des thématiques afin d’apprendre à se dépasser.


Le carnaval

Le cabaret


Le collège, ce ne sont pas que des études, ce sont aussi des moments de distraction, une veille de grand congé, le carnaval, le spectacle des élèves (appelé le cabaret). Les photos ont souvent été un peu plus compliquées à réaliser car comme le spectacle était un vrai, il ne fallait pas déranger le public. C'est pourquoi la période de préparation en coulisses est prépondérante. Le carnaval, c'est une journée de grand délire froid au milieu de la neige, où chacun s'amuse à se déguiser. Un spectacle est aussi donné, en quelque sorte préparatoire au cabaret. Si quelquefois le travail en classe a pu être hostile (les élèves sont prisonniers et ne peuvent partir), cela ne l'a jamais été au moment festif. Dans tous les cas, aucune image n'a été imposée, c'est tout de même la moindre des choses...


Quel est ton plus grand rêve ?

Le plus long travail a été de développer le thème : quel est ton plus grand rêve ? Selon l’idée de Lara Orsal, j’ai demandé aux élèves de marquer leur plus grand rêve sur une ardoise, je les ai photographiés avec. C’était une manière de placer les élèves en transition entre leur présent et leur futur. Le travail n’a pas manqué d’être surprenant. Malgré tout, cela n’a pas été sans difficulté. En effet, quand on est peu habitué à cette race de vipère que sont les photographes, on est un peu effrayé de ce que peut devenir tout ça. Il n’a donc pas été évident de travailler sur l’individualité. Les élèves ont presque unanimement cherché à se réfugier dans l’identité de groupe. D’un certain côté, ça a quelque chose de rassurant ; c’est autre part aussi une manière de moins porter le rêve, parfois grand voire très grand. Il peut être apeurant de se projeter dans un si vaste avenir, les autres aident à cristaliser le rêve une craie sur l'ardoise. Les élèves m’ont d’ailleurs demandé de participer. Par équité, probablement. Bien que ça ne soit pas dans mes habitudes, j’ai accepté. C’était une façon d’être quittes. Mon rêve marqué en Russe évoque mon souhait d’y aller.

Il est tôt, six heures et demi peut-être. En ce mois de février 2010, dix centimètres de neige recouvrent la cour de l’école. Il n’y a pas d’autre trace que celle des merles. Le site est silencieux. La ville se réveille à peine. Les tous premiers élèves arriveront d’ici une heure. Lorsqu’ils passeront devant la maison de Falco le chien, ils le salueront, comme à leur habitude.
On pourrait se dire, ce sont des murs. On pourrait se dire, c’est une cour. On pourrait se dire, c’est une
école ; comme tant d’autres. C’est anonyme, c’est banal. On pourrait même se dire – le matin très tôt avec des mains gelées – ce sont des mioches.
Ô combien il serait dommage de le penser, ne serait-ce qu’une seconde…
Dans quelques instants, la cour résonnera des premiers cris. De jeux. De bonheurs. D’altercations aussi. 600 vies.

600 vies, c’est énorme.

C’est 2.160.000 minutes chaque jour, où se concentrent les émotions : apprendre de son passé, construire son futur. Une telle aventure, ce n’est pas neutre.
Longtemps après, loin dans le monde des adultes, on se souvient de ses amis de collège. Il y a des choses, oui, qui certainement passent dans l’oubli, mais pas tout. L’amitié ça compte fort. Ce n’est pas rien. On apprend à vivre ensemble.
Alors, on pourrait se dire que c’est une école, une cour et des parpaings. Ce serait une vision volontairement réduite à de la tristesse.
Or, nous ne sommes pas tristes. Nous vivons fort.
Chaque élève peut se mettre au milieu de la cour et crier au ciel : j’existe.
Nous aurions pu réaliser des images formidables de couleurs et de truquages, mais artificielles. Nous avons préféré montrer la beauté simple de la réalité : l'école sans artifices ; le quotidien, car c’est lui qui est touchant. C’est un condensé de vie étourdissant.

Durant l'exposition des 50 ans du collège.

Une exposition a eu lieu au collège durant une semaine et un film a été tourné. Dans la foulée des photographies en classe, j’ai sorti la caméra. Cela donne un film de 52 minutes assez agréable à regarder. Cela retraduit bien l’ambiance du collège. Au vu des fils facebook, je crois que ce collège marque une étape importante dans la vie des élèves, on en ressort changé (et c’est un grand bien). Puisse ce film évoquer l’ambiance des lieux, en tout point loin de la grosse industrie scolaire anonyme. Ce film n’est pas présenté ici parce que pour une petite structure comme tchorski, ce n’est pas simple à héberger sur internet…

Un très grand merci à toute l’équipe du collège pour l’accueil sur place, qu’il neige, qu’il vente ou qu’il pleuve. Merci aussi aux élèves de la part de monsieur Bleu. On se reverra, peut-être dans 10 ans et probablement ailleurs, mais on se reverra.

ACCUEIL