Tchorski
L'industrie extractive en Bourgogne (1/6)

Ce documentaire assez varié propose un petit voyage dans les divers aspects des industries extractives en Bourgogne. On y parlera des houillères d'Epinac, de Blanzy, de La Machine, la briqueterie de Decize, l'exploitation de schistes bitumineux des Télots à côté d'Autun.

Epinac, le puits Hottinger

Epinac est une petite ville de Saône-et-Loire. Cette ville et alentours possèdent une formidable histoire minière. Nous allons l'aborder de manière assez succincte, en se focalisant sur le patrimoine majeur que représente la tour Malakoff, appelée le puits Hottinguer. Il est difficile de dire comment se prononce ce nom. Les locaux disent 'otingé' tandis que nous aurions tendance à dire 'otinngueur'. Le nom est quelquefois orthographié Hottinger.

Ce puits de mine est unique au monde. Conçu entre 1872 et 1876 par Zulma Blanchet, il a été mis en place un système de treuillage dit par pression atmosphérique. Le puits était un tube de 558 mètres de profondeur, la cabine était un piston. Au dessus de la cabine était produit un effet de dépression, qui assurait en quelque sorte une succion. En dessous du piston était assuré une poussée par surpression. Cela permettait de faire monter la cabine. Un système à peu près analogue était assuré pour la descente, simplement la chute était diminuée et amortie. Ce système révolutionnaire permettait d'éviter l'utilisation des câbles. En effet, pour une telle profondeur (cela a été poussé jusqu'à -618 mètres), les câbles d'époque en chanvre ou aloès n'étaient plus fiables. Il y avait trop d'étirement, et surtout un risque de rupture élevé.

Ce que Zulma Blanchet n'avait pas prévu, c'est que le gisement de houille n'était pas si favorable qu'il l'espérait. Ainsi, le système de traction-poussée fut rapidement abandonné.

Ce système est unique au monde dans sa conception et installation. Il ne fut jamais utilisé ailleurs. Ce n'est pas faute d'ingéniosité, c'est peut-être simplement le hasard... Aujourd'hui, il ne reste quasiment rien du tube. Pierre Sallet nous évoque que quelques pièces seraient conservées, éparses. Il serait intéressant de les conserver. Comme le témoigne le site de la SPIE : La Bourgogne ne doit pas seulement s’intéresser à son vignoble et à sa gastronomie, mais elle a été et reste une terre d’industrie, elle se doit de conserver cette forme originale de patrimoine.

Le plus beau témoignage est certainement la tour. Il faut bien malheureusement avouer qu'il ne reste rien de lisible du point de vue minier. Nous en reparlerons ensuite, l'aspect minier a été soigneusement effacé par Bitulac. Aujourd'hui, la SPIE, une association locale de défense du patrimoine, se bat pour la conservation de la tour et du carreau. En effet, les bâtiments sont dans leur coque extérieure, plutôt bien conservés. Cela vaut donc plus que le coup de conserver (et maintenir comme mémoire) la structure. Très malheureusement, c'est l'arrière de la tour qui est le plus intéressant - donc pour le tourisme, ce n'est pas facile. Il faudrait donc créer un sentier de promenade, ce qui n'a rien d'évident vu l'imbrication des propriétés privées. En tout cas, je donne mon entier soutien à la SPIE. C'est sans oublier le fameux accueil très sympathique qu'ils nous ont réservé au petit local de l'office du tourisme. Pierre Sallet de s'exclamer : Ce sont des cousins, ce sont des belges !

La tour Malakoff est un monolithe haut et large. L'état général est bon. De 1948 à 1998 s'est installée sur le site minier une entreprise de fabrication de peintures à base de bitumes. Nous ignorons si c'était d'une manière ou une autre lié aux schistes bitumineux des Télots. A priori, la réponse aurait tendance à être non dans la bouche des locaux. Bitulac a amené un certain nombre de problèmes. Par son occupation, le carreau minier a été très profondément bouleversé, ce qui fait que si l'extérieur est peu abîmé, l'intérieur n'a plus rien de minier. Nous avons visité une entreprise abandonnée, d'une apparence en réalité assez banale. Le second problème, c'est la pollution. Il semblerait, selon divers témoignages, que ce n'était pas une panacée. Cela a amené du tirage entre certaines personnes, notamment ceux pour la démolition pure et simple, les autres pour une conservation. Un compromis a été trouvé.

A ce jour, le volet de protection du site est à l'Europe. Il faut trouver des fonds pour protéger les locaux du vandalisme, principalement la tour d'extraction. On ne peut pas dire qu'il y en ait beaucoup, mais nous connaissons le destin de tels lieux s'ils restent tels quels...

Trêve de blabla, je vous propose donc une visite guidée. La moitié des photos a été réalisée par Sandy.


L'ancienne gare du carreau de mine (bâtiment annexe).


L'ancienne gare, réutilisée aujourd'hui comme bâtiment pour des associations.


La tour Malakoff émerge de loin.


Nous allons à présent découvrir le carreau.


La tour vue depuis l'arrière.


Le bâtiment du laboratoire.


Une partie des bâtiments a brûlé. Cela a probablement entraîné la fin de Bitulac. A partir de juillet 1996 en tout cas, l'entreprise a informé le préfet de son intention de quitter le site.


Les vestiaires.


C'est accueillant !


Le site a accueilli jusqu'à 80 ouvriers.

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